A la COP21, l’Afrique a réclamé une réparation de l’injustice climatique

Inondation à Djibouti @Flickr

Inondation à Djibouti | Image @Flickr.

La 21e conférence des parties sur le changement climatique (COP21) s’est déroulée du 30 novembre au 11 décembre 2015. A cet effet, les représentants de la communauté internationale s’étaient réunis à Paris pour tenter de limiter le réchauffement climatique mondial à 2 °C d’ici 2050. Contrairement à ce que beaucoup peuvent s’imaginer, cette rencontre était plus qu’ailleurs attendue en Afrique. Retour sur cet événement, avec le document COP21 : Réparer l’injustice climatique en Afrique.

En effet, l’Afrique compte le plus grand nombre de pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique dans le monde. Les effets du réchauffement sont d’ores et déjà sensibles en Afrique. « Des sécheresses aux inondations chroniques, il y a de quoi expliquer le nombre grandissant de migrations internes et/ou en direction des autres continents. »

Je pense qu’au-delà de ces quelques problématiques et enjeux qui expliquent l’attention particulière que l’Afrique a porté à la COP21, il y a aussi et surtout l’importance pour le continent de se faire réparer les injustices climatiques dont elle est victime. Il ne s’agit pas ici d’une envie de coller une fois de plus une image de « victime» à l’Afrique comme c’est monnaie courant dans la plupart des débats. Au contraire, je pointe simplement le doigt sur des faits dont l’Afrique n’a point besoin de souffrir tant les responsables directs de ces actes sont bien connus.

Qu’est-ce que l’injustice climatique ? Je la définis comme une dette écologique contractée par la plupart des pays occidentaux et asiatiques à l’égard de l’Afrique, du fait de leurs responsabilités historiques dans le changement climatique – dont l’Afrique ressent le plus souvent les effets néfastes.

Il est évident que le changement climatique est un phénomène planétaire qui ne connaît pas de frontières. C’est-à-dire que les conséquences éventuelles des pollutions d’origines européennes, asiatiques ou américaines sont ressenties en Afrique. Avec parfois des pics de mesure, d’autant plus que le continent dispose de peu de moyens et d’infrastructures inadéquates à l’adaptation aux changements climatiques. Dans ces conditions, il est impératif que les auteurs des pollutions – entre autres causes du réchauffement planétaire – soutiennent les efforts du continent africain pour la mise en place d’infrastructures et de programmes à la hauteur d’une adaptation efficace.

Ainsi, pour Benjamin Bibas et le collectif Wangari Maathai, auteurs d’un document élaboré dans le cadre de la COP21, il est important de « proposer quelques pistes d’actions pour rendre plus opérant certains des dispositifs internationaux prévus pour réparer les injustices climatiques. » Selon Aïssatou Diouf, chargée de plaidoyer Climat à l’ENDA Tiers-Monde, « sur les dix pays les plus vulnérables au changement climatique, six sont africains. »

L’Afrique est ainsi le continent qui subit le plus les conséquences du changement climatique, bien que « l’Afrique [ne soit] responsable que de 4 % des émissions globales, et [n’ait] historiquement presque aucune responsabilité dans le stock de GES (1) dans l’atmosphère. » Par ailleurs, cette adepte de l’écologie politique avait anticipé qu’à la COP21, l’Afrique proposerait « que le réchauffement global soit limité à 1,5 °C, et que le Fonds vert pour le climat atteigne 100 milliards de dollars. » De quoi accompagner le continent dans ses effort d’adaptation au changement climatique.

Mildred Barasa est la secrétaire générale du African Network for Environmental Journalists (ANEJ). Elle était présente à la COP21. Si elle soutient que « les pays développés devraient alimenter le Fonds vert pour le climat à hauteur d’au moins 100 milliards de dollars pour aider les pays pauvres à passer à une économie faiblement carbonée, » c’est parce qu’elle pense – en se penchant plus sur le cas pratique du Kenya – qu’« à cause de la surexploitation des terres arables, du déversement des déchets et du changement climatique, quatre facteurs importants menacent l’environnement au Kenya : la pollution de l’eau, l’érosion des sols, la désertification et le braconnage. »

Je partage ses points de vue. Je ne démens pas pour autant que rien n’est fait par les premiers responsables du changement climatique pour en contenir les conséquences. Malheureusement, même les initiatives palliatives – de réduction des effets négatifs de l’exploitation de ressources minières par exemple – ne pourront pas aider à la réparation de l’injustice climatique sur le continent africain. Ces initiatives contribuent bien souvent et subtilement à endormir la conscience des populations victimes, et à édulcorer la vigueur des acteurs du changement et des militants écologistes. Elles proposent des solutions très localisées souvent dans les limites du site des carrières.

Ces stratégies d’adaptation sont donc à mon avis des solutions partielles et à court terme face aux problèmes environnementaux engendrés par la surexploitation des ressources naturelles. Un exemple concret de ces stratégies d’adaptation au changement climatique est The Quarry Life Award« un concours international visant à promouvoir la biodiversité dans les carrières et à développer les connaissances en la matière. » Un dispositif qui donne la force aux responsables de carrières de montrer leur soutien et leur engagement pour la protection de l’environnement mais qui, malheureusement, n’est pas à la hauteur des dégâts environnementaux causés par leurs activités. C’est assez subtil.

Par ailleurs, du point de vue de l’ancien ministre de l’Environnement et de la Pêche du Sénégal, Haïdar El Ali, « pour qu’une action marche, sa gestion doit être participative. Les solutions doivent venir par le bas et être reproductibles. » S’il pense aussi que le politique a le moyen d’agir, c’est parce qu’il a été et reste l’un des politiques écologistes les plus influents d’Afrique. Il met ici le doigt sur la nature des actions et décisions politiques visant à réduire les impacts du changement climatique sur le continent africain. Des décisions souvent prises sans consultation des populations à la base, qui ne durent pas dans le temps par manque de fondement solide. « Dès le début des années 2000, nous avons commencé à infiltrer le monde politique. Tout en gardant une idée claire en tête : l’écologie doit venir avant la politique. »

Pour moi, ce qui est également intéressant dans le travail élaboré par Benjamin Bibas et le collectif Wangari Maathai, c’est la proposition d’une dizaine de recommandations à l’égard des organisateurs de la COP21 afin que la réparation de l’injustice climatique de l’Afrique soit une réalité. Ainsi ils ont recommandé :

1. De rendre l’accord de Paris contraignant, en prévoyant un mécanisme de surveillance et d’indexation des Contributions au Fonds vert pour le climat qui prenne en compte les engagements des Etats et qui soit pénalisant en cas de non-respect de leurs obligations.
2. D’utiliser des financements innovants (taxes mondiales sur les transactions financières, sur les billets d’avion, sur le fret maritime…) pour abonder le Fonds vert pour le climat et parvenir à collecter plus de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.
3. D’instaurer une obligation de participation des communautés locales aux projets d’adaptation et d’atténuation financés par le Fonds vert, et de conditionner les projets au respect des droits et de la condition des femmes ainsi que des minorités.

Je vous propose de découvrir les autres recommandations en consultant le document complet COP21 : Réparer l’injustice climatique en Afrique.

Sans vouloir polémiquer, la grande question que je me pose reste toujours sans réponse. Deux mois après la COP21, qu’est-ce que les organisateurs ont fait ou entendent faire de ce document et surtout des recommandations qui y figurent ? Je reviendrai sur ce sujet dès qu’il y aura du nouveau.

(1) GES : Les Gaz à Effet de Serre sont des gaz qui absorbent une partie des rayons solaires en les redistribuant sous la forme de radiations au sein de l’atmosphère terrestre, phénomène appelé effet de serre. L’augmentation de leur concentration dans l’atmosphère terrestre est l’un des facteurs d’impact responsables du réchauffement climatique.

À propos de l'auteur

Ex-Stagiaire Scientiste de la NASA | Spécialiste Gestion de Risque & Catastrophe | Nerd de la donnée & Tehnologie Spatiale | Futuriste | Résilience | Analyste de données | Télédétection & Système d'Information Géographique | Passionné du journalisme de données & du #Jazz.

Archives par auteur

2 Commentaires

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.