Écologiquement votre

Lorsque j’étais à la formation Mondoblog 2014 du 02 au 12 mai dernier à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, sur ce qu’il me convient de nommer le web 2.0 et les médias sociaux pour le développement, quelques personnes m’ont demandé si j’ai une formation en agronomie ou en environnement.

À cette question j’ai juste répondu que je suis géographe de formation, en pensant fortement à mes cours d’économie rurale, d’environnement, de climatologie, de biogéographie ; que j’ai suivi des formations en gestion de déchets, en évaluation et protection de l’environnement, mais aussi que j’ai un amour particulier pour la nature.

Richard_Komlan_Folly

En répondant à cette question, j’étais loin d’imaginer ce que je pense aujourd’hui avec un peu de recul. Peut-être la vie a-t-elle fait de moi un mordu de l’agriculture, de la protection de l’environnement et de la conservation de la biodiversité avant même que je m’en rende compte. C’est une histoire qui vaut la peine d’être racontée. Je n’ai aucun doute qu’elle rime peut-être avec celle de plusieurs d’entre vous chers lecteurs. Je vous la raconte quand même.

Eh bien je me souviens, encore enfant, mes parents avaient des champs et une ferme agricole. Mes frères et moi les accompagnaient souvent – les week-ends – défricher les champs ou labourer les cultures. Ces dernières étaient bien diversifiées. Les champs de maïs et de manioc étaient beaucoup plus importants. L’igname occupait aussi une place non négligeable. Il y avait toujours un champ de légumes où nous allions récolter de la tomate, du piment ou encore des épinards.

Repenser à ces moments me fait remonter à la tête cette odeur de la terre brûlée, de la terre mouillée par la pluie, l’odeur de la terre sèche à midi. Oui cette terre brûlante sous nos pieds fermes et hardis. Il nous arrivait parfois de dormir à la ferme après de longues journées de travail.

Mais ce n’était pas que cela. L’école a aussi contribué à cet amour de la nature. Les travaux manuels (TM) de mes années d’écolier puis d’élève sont un souvenir encore clair dans ma tête. Nous avions appris à travailler les nervures de palme pour fabriquer des paniers, des balais ou encore des claies. Les mercredis soirs nous allions vendre fièrement nos produits faits-maison pour le compte de notre établissement scolaire. J’ignorais cependant comme tous les autres camarades de mon âge qu’à des milliers de kilomètres de notre école, à Pékin ou aux USA, d’autres enfants fabriquaient eux des montres et des jouets que nous achèterons à noël

Les jardins et potagers d’écoles sont des lieux conviviaux pour nous petits gamins pendant les récréations. Et quand nous avions grandi pour devenir des élèves de collège nous allions aider des professeurs les vendredis soirs dans leurs propres champs ou ceux de l’école. Avec nos professeurs ils nous semblaient jouer cette fameuse fable « le laboureur et ses enfants » de la Fontaine. Malheureusement aujourd’hui ces pratiques ne se font plus ou du moins rarement dans certains villages bien reculés.

Au Togo par exemple, environ 75 % de la population active est essentiellement agricole, il faudra comme avant remettre des jardins potagers au niveau des écoles. Ceci pour inculquer aux jeunes dès le bas âge la pratique de l’agriculture. Une manière de développer ce que j’appelle une économie de guerre (en cas de chômage ou de crise), histoire d’avoir une autre activité rentable à part les études et plus tard à part sa profession. Je pense que l’agriculture est bonne pour cela.

De loin les travaux champêtres peuvent sembler négatifs pour les élèves. Mais j’avoue qu’il faut avoir la chance de les vivre pour comprendre l’abnégation, le courage et les qualités que cela développe chez l’apprenant. D’aucuns diront que ces pratiques sont révolues. Je dis non. Il suffit d’aller dans les écoles d’agronomie de nos universités pour comprendre que beaucoup de nos ingénieurs agronomes ne connaissent pas les champs. C’est pourquoi je pense aussi que les programmes d’études dans nos collèges et lycées doivent prendre en compte le volet agriculture sous ses différentes formes comme c’est le cas avant. S’il est possible la spécialisation en agriculture doit commencer au lycée comme c’est le cas pour la plupart des filières aujourd’hui. Ainsi les futures agronomes auront le temps de faire du terrain et le seront par conviction.

Aujourd’hui beaucoup pense que les métiers de l’avenir sont dans le secteur de l’agriculture, de l’environnement et des nouvelles technologies. Curieusement les deux premiers secteurs sont plus ou moins pris en compte par les institutions et établissement de formations professionnelles. C’est subtilement très dangereux pour l’Afrique. Le président Félix HouphouëtBoigny disait : « l’Afrique a ratée le train de l’industrialisation, elle ne doit pas ratée celui de l’informatique ». Moi je dis qu’elle ratera tout si elle ne parvient pas à concilier l’innovation technologique et celle agricole.

Ne saviez-vous pas qu’aucun développement n’est possible sans la conservation des pratiques traditionnelles ? La plus grande partie de la population africaine pratique l’agriculture. Et pour atteindre un véritable développement humain durable, il va falloir innover dans le secteur agricole et pas seulement dans les nouvelles technologies.

Richard Komlan Folly

À propos de l'auteur

Ex-Stagiaire Scientiste de la NASA | Spécialiste Gestion de Risque & Catastrophe | Nerd de la donnée & Tehnologie Spatiale | Futuriste | Résilience | Analyste de données | Télédétection & Système d'Information Géographique | Passionné du journalisme de données & du #Jazz.

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2 Commentaires

    1. Ah cet enfance là, que j’admire moi-même intérieurement surtout, quand d’aucun pense que nous sommes devenus trop citadins… Cet enfance pays de bonheur en harmonie avec la nature… Je pense Vita, que les humains doivent aimer la nature tout comme il est bon d’aimer ses semblables, car « nous sommes tous fils de l’univers au même titre que les arbres et les étoiles ».

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